Restaurer son énergie en faisant moins
Revenir à soi quand tout fatigue — Carnet 2 sur 3
Et si le corps n'avait pas besoin d'un effort supplémentaire, mais de quelques charges en moins ?

Dans le Carnet précédent, nous avons vu que notre fatigue ne vient pas toujours d'un manque de volonté ou d'une mauvaise organisation. Elle naît aussi de la multiplication des sollicitations, de la dispersion de l'attention et du manque de véritables temps de récupération.
Face à cette fatigue, mon premier réflexe a longtemps été d'ajouter. Une meilleure routine. Une nouvelle activité. Une méthode de respiration. Un programme pour mieux dormir. Une organisation plus efficace.
Je pensais que retrouver de l'énergie supposait forcément de faire quelque chose. Alors je faisais. Enfin, j'essayais.
Une séance de yoga dans une semaine déjà trop pleine. Une application pour suivre mon sommeil. Une liste de repas parfaits à préparer. Une marche quotidienne qu'il fallait absolument accomplir.
Au bout de quelques jours, je n'étais pas seulement fatiguée. J'étais fatiguée et en retard sur ma routine de bien-être. Même ce qui était censé m'aider finissait par devenir une obligation supplémentaire.
Le paradoxe m'a longtemps échappé : je tentais de sortir de l'épuisement en remplissant davantage une vie qui ne me laissait déjà plus assez d'espace.
Avec le temps, j'ai compris quelque chose de plus simple. Restaurer son énergie ne commence pas toujours par faire mieux. Cela commence parfois par faire moins.
Ne pas essayer de tout réparer
Lorsque nous prenons conscience de ce qui nous fatigue, nous pouvons avoir envie de tout changer. Moins d'écran. Plus de marche. Une meilleure alimentation. Des limites plus solides. Un sommeil régulier. Une maison rangée. Une vie merveilleusement équilibrée avant lundi.
C'est tentant. Et totalement épuisant.
Le lecteur fatigué n'a pas besoin d'une nouvelle liste de huit domaines à améliorer. Je le sais parce que je suis moi-même cette lectrice. Lorsque je manque d'énergie, trois conseils suffisent déjà à me donner envie de m'allonger.
Nous pouvons donc commencer par une seule question : Qu'est-ce qui me fatigue régulièrement alors que je pourrais peut-être en réduire un peu la place ?
Pas tout supprimer. Pas devenir irréprochable. Simplement repérer une fuite. Un téléphone ouvert machinalement. Une obligation acceptée trop vite. Une conversation qui dure toujours trop longtemps. Un repas inutilement compliqué. Une soirée prolongée devant un écran. Une tâche qui pourrait attendre.
Le premier geste de récupération est rarement spectaculaire. Il consiste souvent à retirer une petite chose qui n'avait pas besoin d'être là.
Retrouver un peu de silence mental
Nous sommes continuellement traversés par des informations, des demandes et des images. Les réseaux sociaux peuvent nous relier, nous informer et nous inspirer. Ils peuvent aussi nous laisser plus dispersés, plus tendus ou étrangement mécontents d'une vie qui nous convenait très bien dix minutes plus tôt.
Je ne crois pas qu'il faille nécessairement tout supprimer. Je n'ai d'ailleurs jamais été très douée pour les décisions radicales prises un dimanche soir.
On peut commencer plus doucement : ne pas ouvrir les réseaux dès le réveil ; retirer quelques notifications ; laisser le téléphone hors de la chambre ; choisir certains moments pour consulter ses messages ; ne pas répondre immédiatement lorsque rien n'est urgent.
L'objectif n'est pas de réussir une déconnexion parfaite. Il est de retrouver une part de choix. Avant d'ouvrir une application, nous pouvons parfois nous demander : Est-ce que j'ai réellement envie d'y aller, ou est-ce devenu un geste automatique ? Après l'avoir refermée : Est-ce que cela m'a nourri ou vidé ?
Ces deux questions m'aident davantage qu'une interdiction totale. Elles permettent de remarquer ce que certains usages font réellement à notre énergie.
Revenir au corps pendant quelques minutes
Lorsque nous sommes fatigués, l'idée d'une séance complète de sport, de yoga ou de méditation peut sembler inaccessible. Le corps ne demande pourtant pas toujours une heure. Parfois, il demande simplement que nous revenions vers lui.
Quelques respirations lentes près d'une fenêtre. Les épaules que l'on fait doucement rouler. Le dos que l'on déplie après être resté longtemps assis. La mâchoire que l'on desserre. Quelques pas dehors.
Certains jours, je n'ai pas envie de faire une séance complète de quoi que ce soit. Mais je peux respirer trois fois profondément. Je peux lever les bras. Je peux sortir quelques minutes. Je peux marcher jusqu'au bout de la rue sans transformer cela en défi sportif.
Deux ou trois minutes ne règlent pas tout. Elles ne remplacent ni un véritable repos, ni une activité physique adaptée, ni un avis médical lorsque la fatigue est inhabituelle. Mais elles interrompent le mouvement automatique de la journée. Elles disent au corps : Je sais que tu es là.

Marcher sans compter
La marche reste l'un des gestes les plus accessibles pour remettre doucement le corps en mouvement. Elle ne nécessite pas forcément de tenue particulière, de salle de sport ni de programme.
On peut marcher dix minutes autour de chez soi. Faire quelques pas après le déjeuner. Choisir un chemin avec des arbres. Aller chercher quelque chose à pied. Marcher lentement, sans mesurer la distance.
J'aime marcher lorsque la marche n'essaie pas de devenir autre chose. Pas un objectif. Pas une preuve de discipline. Pas une donnée supplémentaire sur une montre.
Certains jours, une marche plus longue sera possible. D'autres jours, faire le tour du quartier sera déjà largement suffisant. Le but n'est pas de performer. Il est de permettre au corps de sortir un instant de l'immobilité et à l'esprit de se déposer.
Simplifier ce qui peut l'être
La fatigue rend les gestes ordinaires plus lourds. Préparer un repas. Faire les courses. Ranger. Décider quoi manger. Réfléchir à ce qu'il faudra cuisiner demain.
Nous pouvons chercher la simplicité plutôt que la perfection. Un repas soutenant n'a pas besoin d'être élaboré. Des légumes frais ou surgelés. Des œufs. Du riz ou des pommes de terre. Une soupe. Des lentilles. Un poisson. Un fruit. Un yaourt nature. Une poignée de noix.
Certains soirs, assembler trois aliments est déjà cuisiner. Et c'est très bien ainsi.
Il ne s'agit pas d'interdire tous les plats industriels. Ils peuvent dépanner lorsque l'énergie est basse. Mais préparer soi-même quelque chose de très simple permet souvent de mieux se nourrir sans transformer la cuisine en projet de reconversion.
Simplifier peut aussi consister à préparer une portion de plus, à répéter certains repas ou à disposer de quelques aliments faciles à assembler. Nous n'avons pas besoin d'inventer chaque jour une nouvelle manière de nous nourrir. Notre système nerveux ne remettra pas une médaille à notre gratin.
Réduire le nombre de décisions
Une part de notre fatigue vient du nombre de décisions que nous prenons chaque jour. Que manger ? Quand répondre ? Que porter ? Faut-il accepter cette invitation ? Que regarder ce soir ? Quand faire les courses ?
Plus nous sommes fatigués, plus ces petites décisions deviennent lourdes. Simplifier peut alors devenir une forme de récupération.
Prévoir quelques repas faciles. Regrouper certaines courses. Préparer les vêtements du lendemain. Avoir une liste courte plutôt que dix objectifs. Laisser certaines tâches revenir à des jours précis. Ne pas remplir chaque espace libre.
J'ai longtemps cru qu'une journée réussie était une journée au cours de laquelle j'avais beaucoup avancé. Aujourd'hui, je commence à penser qu'une journée réussie peut aussi être une journée qui ne m'a pas complètement vidée.
La simplicité n'est pas un manque d'ambition. Elle réduit le bruit de fond qui consomme de l'énergie sans que nous nous en rendions compte.
Protéger un peu mieux son énergie relationnelle
Certaines demandes ou certaines relations nous laissent régulièrement épuisés. Il ne s'agit pas de considérer comme toxique toute personne qui nous contrarie ou nous déçoit. Mais nous pouvons observer ce qui se passe en nous.
Après cette conversation, suis-je apaisé ou tendu ? Est-ce que je me sens respecté ? Ai-je accepté quelque chose que je ne voulais pas réellement faire ? Est-ce que cette relation m'oblige constamment à me justifier ?
Poser une limite ne signifie pas toujours provoquer une rupture. Cela peut être : raccourcir une conversation ; ne pas répondre immédiatement ; reporter un rendez-vous ; refuser un sujet ; ne pas être disponible à toute heure ; dire simplement que ce n'est pas possible.
Un non peut rester sobre : « Je ne pourrai pas cette fois-ci. » « Ce n'est pas possible pour moi en ce moment. » « J'ai besoin de réfléchir avant de répondre. »
J'apprends encore à ne pas écrire un roman explicatif après chaque refus. Ce n'est pas toujours facile. Mais une limite n'a pas besoin d'être parfaitement argumentée pour être légitime.
Nous n'avons pas tous la possibilité de poser immédiatement toutes les limites dont nous aurions besoin. Certaines situations familiales, professionnelles ou financières laissent peu de marge. Dans ce cas, réduire l'exposition de quelques minutes, demander un relais ou protéger un seul espace peut déjà constituer un début.
Le soir, arrêter doucement d'alimenter la journée
Nos journées se terminent souvent comme elles ont commencé : devant un écran. Nous répondons à un dernier message. Nous regardons quelques vidéos. Nous vérifions une information qui n'était pas urgente.
Je me suis déjà entendue penser : « Je regarde seulement cinq minutes pour me détendre. » Quarante minutes plus tard, j'étais très informée sur un sujet dont j'ignorais l'existence et pas du tout détendue.
Le corps est couché, mais le cerveau continue à recevoir de la lumière, du mouvement et des émotions.
Créer une transition avant le sommeil ne demande pas nécessairement un rituel sophistiqué. On peut éteindre les écrans un peu plus tôt. Baisser les lumières. Préparer ses affaires pour le lendemain. Lire quelques pages. Écouter une musique calme. Rester quelques minutes sans rien absorber de nouveau.
Il ne s'agit pas de croire qu'une soirée sans téléphone résoudra toutes les difficultés de sommeil. Il s'agit simplement de ne pas demander au cerveau de passer brutalement de l'agitation au repos.
Choisir une seule chose
Les écrans. La marche. Les repas. Le sommeil. Les limites. L'organisation. Tous ces domaines influencent notre énergie. Mais ils ne constituent pas une nouvelle liste à suivre.
Vous n'avez pas à tout changer. Choisissez seulement l'endroit où une petite modification vous apporterait le plus de soulagement maintenant.
Peut-être laisser le téléphone hors de la chambre. Peut-être marcher dix minutes. Peut-être préparer deux repas simples. Peut-être refuser une obligation. Peut-être ne rien prévoir pendant une heure.
Une petite habitude stable soutient souvent davantage qu'une grande résolution abandonnée au bout d'une semaine. Et lorsqu'elle ne tient pas, cela ne signifie pas que nous avons échoué. Cela signifie parfois qu'elle était encore trop grande, trop compliquée ou mal adaptée à notre vie. Nous pouvons la réduire. Puis recommencer.
Faire moins ne signifie pas vivre moins
Faire moins peut faire peur. Nous avons parfois l'impression que ralentir nous fera prendre du retard, décevoir les autres ou perdre des occasions.
Mais faire moins ne signifie pas devenir passif. Cela signifie sélectionner. Retirer ce qui encombre pour préserver ce qui compte. Renoncer à certaines sollicitations pour retrouver de la présence. Garder de l'énergie pour les personnes, les lieux et les projets qui ont du sens.
Faire moins, c'est parfois cesser de consacrer toute son énergie à ce qui la dévore.
La fatigue persistante mérite d'être entendue
Réduire les écrans, marcher, simplifier ses repas ou mieux protéger son énergie peuvent aider. Mais il est important de ne pas tout expliquer par le mode de vie.
Une fatigue durable, intense, nouvelle ou accompagnée d'autres symptômes mérite d'être abordée avec un professionnel de santé. Des troubles du sommeil, une carence, un problème thyroïdien, une anémie, les effets indésirables d'un traitement, une dépression, une apnée du sommeil, des douleurs chroniques ou des changements hormonaux peuvent être en cause.
Protéger son énergie, c'est aussi ne pas banaliser ce que le corps essaie de signaler.
Ce Carnet propose des repères généraux et ne remplace pas un avis médical. En cas de fatigue persistante ou inhabituelle, il est recommandé d'en parler à un professionnel de santé.
Commencer là où cela soulage
Il n'est pas nécessaire de refaire toute sa vie. Vous pouvez simplement regarder votre journée et vous demander : Qu'est-ce qui peut attendre ? Quelle sollicitation puis-je réduire ? À quoi mon corps essaie-t-il de dire non ? Quel geste simple pourrait m'apporter un peu d'air ?
La réponse ne sera peut-être pas impressionnante. Fermer une application. Sortir quelques minutes. Préparer quelque chose de simple. Éteindre la télévision. Reporter un appel. S'allonger sans culpabiliser.
Mais l'énergie revient rarement sous la forme d'un grand élan soudain. Elle revient souvent par petits fragments. Lorsque nous cessons d'être disponibles en permanence. Lorsque nous marchons sans chercher à performer. Lorsque nous mangeons simplement. Lorsque nous quittons une conversation avant qu'elle ne nous vide. Lorsque nous ne remplissons pas immédiatement le silence.
Peut-être n'avez-vous pas besoin d'ajouter une nouvelle méthode à votre vie. Peut-être avez-vous besoin d'en retirer quelques exigences. Non pour vivre moins. Mais pour retrouver assez d'énergie afin d'habiter davantage votre vie.
À lire ensuite : Réapprendre à se prioriser — revenir vers ce qui nous anime.
Prenez soin de vous. Vraiment.
Avec douceur,
Alice
NOMAD SILVER
Le calme est un chemin.
