LOW BATTERY — Quand se reposer ne suffit plus à récupérer
Par Alice — ancienne infirmière de bloc opératoire, fondatrice en Guadeloupe d'un lieu de flottaison et de récupération.
Il y a des périodes où je pourrais presque voir une petite batterie rouge clignoter au-dessus de ma tête.
LOW BATTERY.
Encore un peu d'énergie disponible.
Juste assez pour terminer la journée, répondre au message indispensable et assurer ce qui ne peut pas être repoussé.
Puis rentrer, fermer la porte et espérer qu'une soirée calme ou une bonne nuit suffira à tout remettre en ordre.
Mais la batterie ne remonte pas toujours.
Je m'arrête.
Je dors davantage.
Je passe un dimanche presque entièrement sur le canapé.
Et pourtant, le lundi matin, l'indicateur semble toujours coincé dans le rouge.
Alors je me demande : pourquoi est-ce que je ne récupère plus ? Pourquoi le repos qui fonctionnait auparavant ne suffit-il plus ?
Pendant longtemps, j'ai cru que se reposer et récupérer étaient exactement la même chose.
Qu'une nuit plus longue effacerait la dette.
Qu'un week-end calme compenserait une semaine vécue trop vite.
Mais nous pouvons nous arrêter sans réellement redescendre.
Nous pouvons dormir sans nous sentir restaurés.
Nous pouvons quitter le travail et le conserver toute la soirée dans notre tête.
Le corps est au repos.
Mais quelque chose en nous continue encore à répondre, anticiper et surveiller.
Se reposer et récupérer ne sont pas synonymes
Le repos décrit souvent ce que nous faisons.
Nous nous asseyons.
Nous prenons un jour de congé.
La récupération décrit plutôt ce qui se passe ensuite.
L'énergie revient-elle un peu ? La pensée retrouve-t-elle de la clarté ? Le sommeil restaure-t-il suffisamment ce qui a été dépensé ?
Le sommeil représente une forme essentielle de repos et participe à la récupération physique comme mentale. Mais passer du temps au lit ne garantit pas à lui seul un sommeil réparateur, notamment lorsque celui-ci est trop court, fragmenté ou perturbé.
Je peux donc avoir passé deux heures sur le canapé sans avoir véritablement récupéré.
À l'inverse, une marche douce, une douche ou une conversation apaisante peuvent parfois rendre davantage d'énergie qu'une immobilité remplie de pensées.
La question n'est pas seulement : « Est-ce que je me suis arrêtée ? » Elle devient : est-ce que cet arrêt a réellement modifié mon état ?
Le corps est immobile, mais la journée continue
Je peux être allongée tout en poursuivant ma journée mentalement.
Je repense à une conversation.
Je réponds à un message qui en entraîne trois autres.
Extérieurement, je ne fais presque rien.
Intérieurement, le mouvement continue.
La récupération demande parfois que quelque chose en nous comprenne enfin :
Tu n'as rien à régler maintenant.
Ce passage ne se produit pas toujours lorsque nous fermons un ordinateur ou franchissons la porte : le corps peut avoir besoin d'une véritable transition entre l'activité et le repos.
Ce qui nous vide n'est pas toujours spectaculaire
Nous imaginons souvent que seules les grandes épreuves consomment beaucoup d'énergie.
Une maladie.
Un conflit.
Mais la batterie peut aussi se vider à travers une succession de petites sollicitations :
Les interruptions ;
Les notifications ;
Les décisions ;
Le sentiment de devoir répondre vite.
Les interruptions répétées augmentent la charge de travail, le stress et la difficulté à rester concentré. L'INRS souligne également que le travail prolongé sur écran peut favoriser une surcharge cognitive liée à la quantité d'informations à traiter et à l'attention soutenue.
Mais la journée entière devient une suite d'alertes.
Le corps ne traverse peut-être aucune grande catastrophe.
Il ne rencontre simplement presque aucun espace sans demande.
La fatigue de décider
Certaines journées ne sont pas physiquement intenses.
Pourtant, elles laissent complètement vidée.
Parce qu'il a fallu choisir sans arrêt.
Que faut-il faire en premier ? À qui répondre ? Est-ce urgent ? Qu'est-ce que j'ai oublié ?
La décision est une activité.
L'anticipation aussi.
Nous pouvons croire que nous avons passé une journée relativement calme, alors que notre esprit n'a presque jamais cessé d'organiser la suite.
Le repos peut donc parfois demander moins de choix et moins de choses à garder en mémoire.
Parfois, ce qui recharge le plus n'est pas de dormir.
C'est que quelqu'un d'autre décide du repas.
Qu'une tâche soit reportée.
Qu'aucune réponse ne soit attendue.
Le repos rempli d'obligations
Il existe aussi ces journées officiellement consacrées au repos qui ne le sont pas réellement.
Nous ne travaillons pas, mais nous faisons les courses, le ménage, les démarches et tout ce qui a été repoussé pendant la semaine.
Le travail rémunéré s'interrompt.
La charge continue.
Le corps est censé récupérer dans les espaces qui restent :
Une série regardée en pliant le linge ;
Un dimanche dont une partie sert déjà à préparer le lundi.
Il n'est pas étonnant que la batterie remonte peu lorsqu'elle reste branchée à tout ce qui la vide.
Le faux repos des écrans
Je connais bien ce réflexe.
Je suis trop fatiguée pour faire quoi que ce soit.
Alors je prends mon téléphone.
Je fais défiler des images, des vidéos, des nouvelles et des opinions.
Je ne produis rien.
J'ai donc l'impression de me reposer.
Mais mon attention continue à passer rapidement d'un stimulus à l'autre.
Les écrans ne sont pas mauvais par nature : un film ou une conversation peuvent offrir une vraie coupure.
Mais le défilement automatique ne crée pas toujours le repos que j'imaginais.
Il peut simplement occuper mon épuisement.
La bonne question n'est pas de savoir si l'écran est autorisé.
Elle est de regarder ce qui se passe après : est-ce que je me sens plus calme, ou davantage dispersée ? Plus présente, ou plus éloignée de moi-même ?
Nous ne manquons pas tous du même repos
Une nuit supplémentaire ne répond pas à tous les épuisements.
Nous pouvons manquer de plusieurs formes de repos.
Le repos physique — Du sommeil, de l'immobilité ou des mouvements doux lorsque le corps est tendu.
Le repos mental — Des moments sans problème à résoudre, sans information nouvelle et sans tâche à terminer.
Le repos sensoriel — Moins de lumière, de bruit, de conversations simultanées et de notifications.
Le bruit, même modéré, peut favoriser la fatigue cognitive, l'irritabilité et le stress lorsqu'il se prolonge ou reste difficile à contrôler.
Le repos émotionnel — Ne pas devoir rassurer, faire bonne figure ou retenir ce que l'on ressent.
Le repos relationnel — Être seul lorsque les interactions demandent trop d'énergie, ou être avec quelqu'un auprès de qui l'on n'a rien à prouver.
Le repos décisionnel — Ne pas organiser, choisir ou prévoir pendant un moment.
Le repos de la performance — Faire quelque chose sans objectif d'amélioration, comme marcher sans compter les pas.
Pourquoi les vacances ne réparent-elles pas toujours ?
Parce qu'elles arrivent souvent trop tard et portent une attente immense.
Il faudrait dormir, récupérer, profiter, voir du monde et créer des souvenirs.
Les vacances deviennent alors une nouvelle forme de performance.
Mais le corps ne se remet pas sur commande.
Après une longue période de tension, il peut avoir besoin de plusieurs jours avant de commencer seulement à ralentir.
Lorsqu'il relâche enfin, nous découvrons parfois toute la fatigue qu'il retenait.
Nous dormons davantage.
Nous culpabilisons de ne pas profiter.
Récupérer ne consiste pas toujours à remplir le temps de choses agréables.
Cela peut demander de laisser davantage de vide que prévu.
Une pause ne peut pas toujours compenser une organisation épuisante
Je prends dix minutes.
Puis je repars exactement au même niveau d'intensité.
Je fais un week-end calme.
Puis je retrouve cinq journées surchargées.
La pause devient un petit îlot entouré de sollicitations.
Elle peut aider.
Mais elle ne peut pas toujours compenser l'ensemble.
Les pauses contribuent à préserver la santé physique et mentale et à prévenir la fatigue, le stress et l'épuisement. La prévention durable suppose néanmoins aussi d'agir sur l'organisation du travail, les marges de manœuvre et les conditions dans lesquelles l'activité est réalisée.
Lorsque le quotidien retire continuellement plus d'énergie qu'il n'en rend, il faut parfois regarder au-delà de la qualité de nos pauses :
La quantité de travail ;
La charge mentale ;
Les responsabilités ;
Le manque de soutien.
Nous ne pouvons pas toujours mieux récupérer dans une vie qui continue à nous épuiser de la même manière.
Récupérer demande parfois de se sentir réellement indisponible
Nous pouvons disposer de temps et de silence sans parvenir à relâcher.
Parce qu'une partie de nous reste responsable de tout.
Toujours prête à intervenir.
Toujours coupable de se retirer.
Puis-je réellement ne plus être joignable ? Que se passera-t-il si je ne réponds pas ? Ai-je le droit de m'arrêter alors que les autres continuent ?
Il peut alors être utile de rendre le repos plus crédible :
Prévenir que nous ne serons pas disponibles ;
Fermer réellement la messagerie ;
Demander à quelqu'un de prendre le relais.
Le corps ne se détend pas toujours parce qu'on lui ordonne de le faire.
Il se détend plus facilement lorsqu'il reçoit des preuves que, pour un moment, il peut lâcher.
Lorsque récupérer devient une nouvelle performance
Lorsque la fatigue inquiète, nous cherchons à accélérer la récupération.
Nous ajoutons une routine de sommeil, une application de méditation, des compléments, des exercices de respiration ou une montre qui note nos nuits.
Ces outils peuvent être utiles.
Mais ils peuvent aussi transformer la récupération en nouveau projet à réussir.
Je mesure.
Je surveille.
Je culpabilise de ne pas faire correctement ce qui devrait m'aider.
Le repos devient une autre tâche.
Le corps n'a pas toujours besoin d'un protocole supplémentaire.
Il a parfois besoin que nous cessions de l'évaluer.
Observer ce qui recharge réellement
Nous avons souvent une idée théorique du repos.
Une journée au lit devrait être réparatrice.
Le sport devrait donner de l'énergie.
Mais ce qui recharge une personne peut en épuiser une autre.
Et ce qui m'aide un jour peut être trop stimulant le lendemain.
Je peux commencer par observer : après cette activité, est-ce que mon énergie est plus haute, identique ou plus basse ? Est-ce que je me sens plus calme ou plus agitée ? Ai-je récupéré, ou me suis-je seulement distraite de ma fatigue ?
Il ne s'agit pas de surveiller chaque minute.
Il s'agit d'identifier les tendances.
Respecter le niveau réel de batterie
Lorsque la batterie est presque vide, nous ne pouvons pas agir comme si elle était à moitié pleine.
Cela suppose de choisir. Qu'est-ce qui est réellement nécessaire aujourd'hui ? Qu'est-ce qui peut être simplifié ou délégué ?
Quelle activité me rendra probablement un peu d'énergie au lieu de prendre le peu qu'il me reste ?
La réponse ne sera pas toujours de rester immobile.
Une courte marche peut parfois aider davantage qu'une heure passée sur le téléphone.
Un repas simple peut éviter de transformer l'alimentation en tâche écrasante.
Mais le bon choix dépend du niveau réel d'énergie.
Pas de celui que nous aimerions avoir.
Quand le repos ne suffit jamais
L'idée d'une batterie vide est une métaphore.
Elle ne doit pas servir à banaliser une fatigue persistante.
Lorsque le repos ne rend plus d'énergie pendant plusieurs semaines, que la situation s'aggrave ou que les activités ordinaires deviennent difficiles, un avis médical est nécessaire.
L'Assurance Maladie rappelle qu'une fatigue devient anormale lorsqu'elle persiste malgré le sommeil et le repos. Une fatigue profonde, durable ou accompagnée d'autres symptômes doit être évaluée afin d'en rechercher la cause.
Cet article parle de récupération.
Il ne remplace pas l'évaluation d'une fatigue durable.
Recharger ne signifie pas revenir à cent pour cent
Je me suis longtemps représenté la récupération comme un retour à l'état d'avant.
Je voulais retrouver exactement mon énergie, mon rythme et mon efficacité, comme s'il fallait recharger la batterie pour reprendre la même vie au même niveau d'intensité.
Mais si cette vie a précisément contribué à la vider, est-ce vraiment vers elle qu'il faut revenir ?
Récupérer peut aussi signifier apprendre à ne plus descendre systématiquement jusqu'à un pour cent.
Arrêter plus tôt.
Faire moins certains jours.
Respecter les signes de baisse avant l'extinction.
Laisser une marge qui ne soit pas immédiatement remplie.
La récupération ne sert pas uniquement à nous rendre de nouveau productifs.
Elle permet au corps et à l'esprit de rester habitables.
LOW BATTERY
Il y a quelque chose de profondément décourageant à se reposer sans sentir l'énergie revenir.
Nous finissons par penser que nous ne nous reposons pas correctement, que nous manquons de volonté ou que nous sommes devenus fragiles.
Mais le problème n'est pas toujours que nous ne savons pas récupérer.
Il peut être que notre repos reste rempli de bruit, d'anticipation et de responsabilités.
Que nous continuons à répondre alors que nous sommes arrêtés.
Que nous essayons de réparer en quelques heures ce que nos journées recommencent à épuiser.
Lorsque la batterie ne remonte plus, plutôt que d'ajouter une nouvelle méthode, il peut être plus utile de regarder ce qui continue à nous vider, ce dont notre corps a réellement besoin et ce qui pourrait être diminué, partagé ou repoussé.
Je ne veux plus attendre d'être entièrement déchargée pour m'autoriser à ralentir.
Le corps n'est pas un appareil que l'on branche quelques heures avant de lui demander de fonctionner à nouveau sans limite.
Il est notre lieu de vie.
Et peut-être que récupérer commence précisément là : non pas en cherchant à remonter le plus vite possible à cent pour cent, mais en cessant de vivre chaque journée comme si nous disposions d'une énergie infinie.
Vous pouvez commencer ici. Lentement. Sans vous brusquer. La Lettre d'Alice arrive deux fois par mois : un courrier lent, pour retrouver un peu d'espace.
Prenez soin de vous. Vraiment.
Avec douceur,
Alice
NOMAD SILVER
Le calme est un chemin.
Poursuivre la lecture
Fatigué·e d'être fatigué·e : quand la fatigue devient un état permanent
Pour reconnaître une fatigue devenue inhabituelle et savoir quand consulter.
Compte-moi un mouton… Le sommeil dans tous ses états
Pour comprendre ce qui empêche parfois la nuit de restaurer pleinement.
Repères et sources
Inserm, « Sommeil ».
Assurance Maladie, « Asthénie : définition, symptômes et causes ».
Assurance Maladie, « Asthénie : consultation et traitement ».
