Le repos qui ne repose plus

Par Alice — depuis la Guadeloupe · Série « Les Murmures du corps » (1/7)

Hamac vide sous une varangue tropicale, symbole du repos qui ne repose plus

Dimanche, seize heures. Je suis allongée dans le hamac, sous la varangue. Les alizés passent dans les feuilles du manguier. Tout, autour de moi, dit le repos. Et pourtant, à l'intérieur, quelque chose continue de tourner. Une liste. Une conversation d'hier. Un moteur qui ne trouve pas le point mort.

Si vous connaissez cette sensation — être arrêté dehors, lancé dedans — cet article est pour vous.

Ce que j'ai longtemps cru

J'ai longtemps cru que le repos était une question de quantité. Qu'il suffisait de s'allonger assez longtemps, de dormir assez d'heures, de poser assez de congés. Je comptais le repos comme on compte des calories. Et je ne comprenais pas pourquoi, malgré les comptes justes, la fatigue restait là, fidèle, le lundi matin.

Se reposer n'est pas récupérer

Le corps peut être immobile et le système nerveux rester en alerte. C'est même très fréquent chez les personnes qui tiennent depuis longtemps : la vigilance ne se coupe pas parce qu'on s'assoit.

La récupération, elle, demande autre chose : que le système nerveux bascule de son mode « action-vigilance » vers son mode « réparation ». Les recherches sur le stress chronique suggèrent que cette bascule devient plus lente quand le corps a passé des années en tension. Ce n'est pas un défaut de volonté. C'est une physiologie qui a appris à ne pas lâcher.

Autrement dit : on peut s'arrêter sans redescendre. Et c'est exactement le repos qui ne repose plus.

Reconnaître une vraie redescente

Quelques signes simples, observables, que le corps commence réellement à récupérer :

  • des bâillements ou des soupirs profonds qui arrivent seuls ;

  • une chaleur diffuse dans les mains ou le ventre ;

  • la respiration qui descend d'elle-même vers l'abdomen ;

  • les pensées qui ralentissent au lieu de tourner en boucle.

Si votre « repos » ne produit jamais ces signes, il vous immobilise, mais il ne vous répare pas.

Trois appuis pour un repos qui répare

Réduire les stimulations, pas seulement l'activité. Un canapé avec un écran, des notifications et une série tendue n'est pas du repos nerveux. Essayez, quelques minutes, un repos pauvre en stimulations : une fenêtre, un arbre, rien.

Passer par les sens plutôt que par la tête. Le corps redescend plus facilement par une sensation que par une injonction. L'eau tiède sur la peau, le poids du corps dans le fauteuil, un son régulier. Ces appuis sensoriels peuvent aider la bascule — sans la forcer.

Cesser de faire du repos une performance. Un repos surveillé (« est-ce que je me détends, là ? ») reste une tâche. Donnez-vous le droit à un repos raté. C'est souvent lui qui finit par réussir.

Rivière calme en forêt tropicale de Guadeloupe, appui sensoriel pour la récupération nerveuse

Carnets d'Alice — Dans mon centre de flottaison, j'ai vu des dizaines de corps entrer dans l'eau du caisson encore durs comme des portes. Certains mettaient quarante minutes à lâcher. Et parfois, à la sortie, des larmes. Pas de tristesse. Juste le soulagement d'un corps qui venait, enfin, de s'arrêter pour de vrai.

Pour finir

Le repos n'est pas ce qu'on s'accorde quand tout est terminé. C'est ce qui permet au reste d'exister.

Vous pouvez commencer ici. Lentement. Sans vous brusquer.

Ce contenu propose des repères généraux et ne remplace pas un avis médical. Si votre fatigue persiste malgré le repos, parlez-en à un professionnel de santé.

Pour continuer la lecture

7 signes que votre système nerveux réclame de l'espace

Un carnet gratuit pour apprendre à reconnaître les murmures du corps — et commencer à redescendre. Il ouvre aussi la porte à La Lettre d'Alice : deux envois par mois, tout au plus.