Pourquoi le bruit vous épuise (et ce que cela dit de votre système nerveux)

Par Alice — depuis la Guadeloupe · Série « Les Murmures du corps » (2/7)

Pluie sur une fenêtre ouverte sur la végétation tropicale, image du besoin de silence

Le mixeur dans la cuisine. La radio du voisin. Une notification, puis une autre. Et cette réaction, presque physique, qui monte : l'envie de tout éteindre, tout de suite. Pas l'envie d'être seule. L'envie de silence.

Il fut un temps où le bruit glissait sur moi. Dix ans de bloc opératoire : les alarmes, les instruments, les voix — je filtrais tout. Puis un jour, je n'ai plus filtré.

Ce que j'ai longtemps cru

J'ai longtemps cru que je devenais intolérante. Que mon caractère se durcissait avec les années, comme on le dit parfois des gens. Je m'excusais presque d'avoir besoin de calme, comme d'un caprice.

Filtrer le bruit coûte de l'énergie

Ce qu'on oublie : ne pas entendre un bruit est un travail. En permanence, le cerveau trie ce qui mérite l'attention et ce qui peut être ignoré. Ce filtrage est silencieux, invisible — et coûteux.

Quand le système nerveux est reposé, ce tri se fait sans effort. Quand il est saturé, le filtre s'affaiblit : tout passe, tout compte, tout demande une réponse. Le bruit ne devient pas plus fort. C'est vous qui n'avez plus la marge pour l'absorber.

L'hypersensibilité au bruit est donc rarement une affaire de caractère. C'est souvent l'un des premiers murmures d'un corps qui réclame de l'espace.

Retrouver de la marge

Créer des fenêtres de silence. Pas des retraites héroïques : dix minutes sans son, chaque jour, suffisent souvent à sentir la différence. Voiture à l'arrêt, moteur coupé. Cuisine avant que la maison ne s'éveille.

Traquer le bruit de fond. La télévision « pour l'ambiance », la radio en continu : ce sont des impôts sensoriels qu'on paie sans s'en rendre compte. Les couper peut alléger plus qu'on ne l'imagine.

S'appuyer sur les sons qui reposent. Tous les sons ne coûtent pas. Les sons réguliers de la nature — pluie, rivière, mer — semblent demander moins de tri au cerveau. Ils peuvent soutenir la redescente, là où les sons imprévisibles la sabotent.

Protéger ses oreilles n'est pas fuir le monde. Sortir d'un repas bruyant dix minutes, choisir la table du fond : ce ne sont pas des faiblesses. Ce sont des gestes d'entretien.

Pluie tropicale sur des feuilles de bananier, un son naturel qui ne demande rien

Carnets d'Alice — Ici, quand la pluie tropicale tombe sur le toit de tôle ou sur la végétation dense, c'est un vacarme. Et pourtant, c'est le seul bruit qui me repose. Gabriel dit que c'est parce qu'il ne demande rien. Il a sans doute raison : la pluie n'attend pas de réponse.

Pour finir

Votre besoin de silence n'est pas un caprice. C'est une information.

Vous pouvez commencer par dix minutes. Aujourd'hui, si vous voulez.

Pour continuer la lecture

7 signes que votre système nerveux réclame de l'espace

Un carnet gratuit pour apprendre à reconnaître les murmures du corps — et commencer à redescendre. Il ouvre aussi la porte à La Lettre d'Alice : deux envois par mois, tout au plus.